22/06/2008

Fiesta de la musica

Fête de la musique : 17 heures de garde bien remplies en réseau de secours avec le SAMU.

Première intervention matinale sportive : un vieux Monsieur s’est cassé la gueule à plat ventre chez lui, il s’est ouvert l’arcade et on peut suspecter un trauma crânien.

On prend donc des précautions pour le relever avec un plan dur dans les vingt centimètres carrés qui nous entourent : mission acrobatique réussie !

Deuxième départ un peu chaud : un de nos collègues a embrassé un camion de logistique sur un poste de secours voisin et présente des plaies bien sanglantes à la face.

Bon rien de gravissime quand même mais c’est toujours emmerdant quand c’est quelqu’un qu’on connait bien…

Puis des gosses qui se fracturent des doigts, un coude sur des fêtes municipales.

J’ai enfin pu observer la mise en œuvre d’une antalgie par protoxyde d’azote (alias gaz hilarant) sur un enfant aux urgences, sympa et efficace même si ce n’était pas du goût de ma chef qui trouve « dégueulasse » de shooter un gamin comme ça.

Perso, je pense que plus un gosse est drogué, moins il emmerde le monde (vous aurez remarqué que la pédiatrie n’est pas ma spécialité préférée !)

Puis vint une pelletée de malaises divers, une grosse douleur abdominale à domicile et une belle crise d’hystérie à la Charcot.

Enfin la soirée commence, un gros concert nous fait évacuer deux victimes, une jeune fille qui s’est fait une cheville en dansant  (même pas alcoolisée, dingue !) puis notre TRA-DI-TIO-NNEL pichon !

On arrive de façon remarquée devant l’entrée avec les gyros devant les quelques 35000 gus qui s’éclataient.

Une secouriste en poste sur place me passe un bilan hilarant : « Salut, j’te présente Machin, 23 ans et 23 verres de rhum. Le rhum, c’est bon, sauf quand ça ressort »

Je rigole un coup mais mon sourire s’efface quand je vois notre épave en PLS sur un brancard qui a réussi à repeindre ses fringues de gerbe. Je l’appelle en lui gueulant son prénom, pas de réponse.

« Légère » stimulation sensitive, il me répond par un grognement : Ok les gars, c’est bon, on charge, pas le temps de calculer son score de Glasgow, on fera le bilan dans le camion.

Arrivé aux urgences, le médecin commence à l’examiner pour éliminer tout traumatisme mais oublie les gants malgré notre avertissement : je ne peux m’empêcher d’éclater de rire à son air de dégoût quand elle vient de s’apercevoir qu’elle s’est repeint les mains !

Notre ami passera donc la fin de la fête à décuver dans un box pendant que je vais continuer à m’éclate ! A déguster avec M…

14/06/2008

Ambulances privées

 

S’il y a bien une chose qui m’exaspère, c’est la privatisation de la santé…grossièrement, on retire les soussous de l’hôpital public pour aller engraisser des boîtes privées, que ce soit cliniques diverses ou ambulances privées, tout frais payés par la sécu.

Aujourd’hui, je suis sur un poste de secours rien de plus banal avec ma collègue, sur un tournoi de foot. Journée calme jusqu’à ce que se pointe le footeux qui vient de se faire méchamment  l’arcade sur un panneau de pub.

Ma collègue étudiante 2ème année fait un beau pansement après avoir désinfecté la plaie. Il souhaite être emmené pour recoudre, ce qui est à mon avis plus qu’indiqué.  Je fait donc mon bilan avant d’appeler le 15 pour un avis médical. Huit minutes plus tard, j’ai le médecin au téléphone qui me dit qu’il m’envoie quelqu’un…jusque là tout va bien. Une petite heure après, ma victime en a eu marre (ce que je comprend) et est allée manger son couscous à la table des joueurs .

Mon téléphone sonne, c’est les ambulanciers qui ne trouvent pas l’entrée, il y en a pourtant deux et un stade de foot, en général ça se voit ! Je vais donc les chercher de moi-même vu que c’était la pause et tombe sur deux gaillards obèses qui n’ont pas l’air bien fute-fute. Mon impression se confirme ensuite lorsque je vois qu’il ne comprennent même pas un bilan secouriste de base (description de la plaie, pouls et respiration).

 Ils vont donc voir le joueur qui déjeune tranquillement.

« On vous emmène ! » dit le chef. Je ne peux m’empêcher de rire à l’intonation de cowboy du mec.

Et le joueur de répondre «  Non, finalement je ne veux plus y aller » du haut de ses 1m90 et d’une voix doucette.

Et là, le chef change de couleur et demande des explications d’un ton très désagréable. Il s’en prend à moi et m’accuse d’avoir appelé le SAMU. Connaissant les procédures, je ne me laisse pas faire et lui dit que j’ai fait mon boulot, point barre. Je ne comprend pas bien pourquoi cet énervement mais la phrase suivante répond à ma question. «  Et à qui je fais payer la facture moi ? » Je lui répond qu’il voit directement avec le joueur et le club et que ce n’est pas à moi de régler la note.

Il continue son acharnement déraisonné et je vois qu’il ne lâchera pas l’affaire. Je décide donc de ne plus lui parler et de retourner au poste de secours tranquillement.

N’ayant réussi à convaincre le joueur, il va voir le directeur du tournoi qui accepte de payer la modique somme de 100€ pour…rien !

Et ils se cassent.

Morale de l’affaire : une ambulance privée, c’est comme un livreur de pizzas, ça peut être bien pratique mais ça ne lâchera pas l’affaire si vous n’avez pas payé le prix de la pizza.

Le problème est qu’il s’agit de patients, pas de pizzas.

Je n'ai rien contre les ambulanciers privés, la connerie est ici une exception et il serait facile de généraliser mais je pense que le système d'ambulances privées est basé uniquement sur un objectif de rentabilité, ce qui ne permet pas de répondre objectivement à la demande en matière de santé, et ce SURTOUT dans le domaine de l'urgence.

Malheureusement il n'existe pas de système intermédiaire qui tendrait à les remplacer de manière publique, et c'est une utopie qui ne colle pas avec les moeurs actuelles.

Il faudra donc faire avec.

 

 

22/05/2008

Décompression!

Un petit moment de détente après une dure journée et un AVC confirmé par l'hosto aujourd'hui (cf. 2 posts précédents)...

Demain une formation sauveteur secouriste du travail m'attend avec une infirmière monitrice pour former le personnel du service, ce sera plus cool.

Bonne rigolade avec les messages à caractère informatif!!

21/05/2008

Sport!

 

Je suis dans ma période sportive.

Hier une bonne séance de natation avec palmes après une demi heure de footing pour s'échauffer, il faut garder le rythme du parfait petit sauveteur aquatique!

Aujourd'hui un enchainement mortel sur le tartan: échauffement 15 minutes, gammes, 3x100m puis vient le "dégueloir" alias "le grand gerboir"...

200-300-400 mètres répétés sur trois séries puis 300-200m en "envoyant". Allez deux p'tits tours de récupération et je rentre. Un plat de pâtes dans l'estomac pour recharger les batteries.

Faudrait que je songe à dormir un peu un de ces jours...mais ça fait un bien fou!

Quand on est con...

 

 

 

 

Le téléphone sonne, c’est  le PC sécurité de la fac « on vous envoie un malaise » qu’il me dit : jusque là tout va bien…

Les vigiles, sauveteurs secouristes du travail, nous déchargent une dame de 50 ans sur un fauteuil roulant.

Elle est inconsciente. Pourquoi est-elle assise ??? Je la sors rapidement et la met en PLS sur un lit d’examen.

 

 

Première approche pas de détresse circulatoire ni respiratoire au vu des constantes.

L’infirmière me demande d’appeler le 15 et de passer un premier bilan en me disant qu’elle a fait un AVC ici même il y a deux ans qui avait été médicalisé par le SAMU.

 

 

Je demande à ce qu’on la place sous oxygène par précaution, il y a détresse neurologique.

Après quelques temps d’attente, mon interlocutrice me répond et je lui fait mon topo et lui précisant un demande de SMUR urgente. Les pompiers ne serviraient à rien ici.

Complètement dépassée, elle me passe le toubib à qui je dois répéter strictement la même chose.

 

 

Pendant ce temps, notre patiente reprend un peu conscience sans toutefois ne pouvoir émettre que des gémissements en se touchant la tête. Elle souffre. 9 chances sur 10 pour que ce soit le cerveau.

Le médecin nous demande maintenant une glycémie : pas de chance pour lui, c’est normal : un gramme, ce qui élimine tout malaise diabétique.

 

 

Un peu énervé, je lui demande si il a une ambulance de réanimation disponible, il ne sait pas et demande à ce qu’on le rappelle dans cinq minutes en nous raccrochant au nez !

 

 

La tension monte, on le rappelle direct et une autre permanencière nous informe que les pompiers sont partis.

Ok : on a affaire à des bons !

 

 

Cinq minutes plus tard, les trois gars sont là. Mais là encore il ne nous on pas envoyé les moins bêtes…

Je leur file le bilan complet. Le chef veut une tension (que je venais de prendre deux minutes plus tôt), pas de problème, c’est strictement la même. La même excepté que le tensiomètre viens juste de décéder dans sa manipulation…

Ca fait maintenant quarante minutes que la patiente est là.

 

 

L’équipe de pompiers tout à fait désagréable débat maintenant sur le type d’AVC : on se croit dans un colloque de neurochirurgiens de 9 ans jouant au docteur.

Malheureusement pour notre pauvre dame, c’est une urgence diagnostique et chaque minute perdue est souvent irrattrapable.

Il daignent enfin appeler leur régulation médicale et le Doc leur dit que ce sera médicalisé.

Ouf. Pas trop tôt !

 

 

...Mais non, ascenseur émotionnel, on se croit dans un rêve, il rappelle et leur dit de transporter.

Les infirmières ont abandonné, les pauvres n’en peuvent plus elles aussi.

 

 

Une heure et demie plus tard, la patiente sera donc amenée aux urgences situées approximativement à 5 minutes en véhicule pour passer son scanner.

 

 

Ce qui m’ennuie dans cette affaire c’est la connerie synergique de TOUS les acteurs extérieurs de cette intervention, sans exception. On aurait pu avoir un médecin nul et des pompiers compétents ou inversement. Mais non.

 

 

Il y des jours où le médecin doit faire un choix, un choix qui ne doit pas durer plus d’une heure sur ce type d’accident.

Soit il médicalise précocement (ce que j’aurais fait mais je ne suis pas médecin), en sachant que le SMUR est là en dix minutes, soit il envoie un moyen de transport rapide et efficace pour passer directement au scan avec des gens compétents ne faisant pas double emploi.

 

 

Ce n’est donc pas seulement un problème de coordination et de communication entre les acteurs du secours.

 

 

C’est un problème de connerie humaine.

20/05/2008

Froid dans le dos

 

Aujourd'hui une patiente arrive pour se faire vacciner contre le papillomavirus (vous aurez sans doute entendu parler de cette famille de virus, en partie responsables  de cancers du col de l'utérus, dans les campagnes qui tournent en boucle en ce moment).

Elle a le même âge que moi et vient en fauteuil roulant, jusque là rien d'irréel, il y a des dizaines d'étudiants handicapés à la fac.

Je jette donc un coup d'œil au dossier pour vérifier la prescription et entrevois un compte rendu d'hospitalisation. Curieux que je suis, je commence à le parcourir: hospitalisée pour chute de son balcon au nouvel an 2007, pneumothorax et paraplégique complète depuis.

Et là, ça me fait froid dans le dos, je fais une sorte de transfert et me dit que ça aurait pu être moi bordel, là, dans ce fauteuil à la suite d'une soirée un peu trop arrosée. Mais non, c'est elle, la vingtaine et toute mignonne dans son fauteuil qui ne récupérera pas.

...Ne pas y penser sur le coup et faire son soin le plus professionnellement possible. Tout se passe bien. Je décompresse en faisant les mots fléchés avec le médecin (pas si fort que ça!!)

Patient suivant, encore un vaccin, rappel antitétanique. J'ai l'impression d'avoir des moufles à la place des mains. Je prend ma seringue et tire le piston pour la purger: celui-ci me reste entier dans les mains, libérant tout le produit sur mes avant bras. Merde. Je m'excuse auprès du patient et vais chercher en chercher un autre au frigo que je réussi tant bien que mal.

A l'heure où j'écris cet article, je suis complètement passé à autre chose, mais je sens que la fatigue accumulée ces jours-ci commence à se faire sentir sérieusement...

Allez...piscine puis au pieu!

13/05/2008

On guérit bien du VIH...

 

Toujours le service médical de la Fac, on y accueille les étudiants désireux de rencontrer un médecin gratuitement pour tout problème de santé.

Aujourd'hui c'est une demoiselle d'une vingtaine d'années qui vient consulter : son généraliste lui aurait prescrit un test VIH après un rapport non protégé et l'aurait envoyé balader en lui disant que de toute façon si elle l'avait "c'était de sa faute et bien fait pour elle"

Pendant sa consultation je discute avec son amie qui l'accompagne: nous parlons du concours d'entrée infirmier qu'elle a raté et elle en vient au cas de sa copine.

"Mais de toute façon, si elle l'a [le VIH], c'est pas grave, ça se soigne bien"

Je me retiens d'éclater de rire mais je vois à son air niais qu'elle ne rigole pas du tout.

"Non, non, bien sûr, c'est juste mortel, son seul et unique risque c'est d'en crever, vous inquiétez pas!"

Et elle argumente d'un air convaincu qu'on en guérit, que des gens vivents 40 ans avec et que c'est une maladie normale, au même titre que le diabète! (vous noterez la magnifique analogie médicale qu'elle me trouve!)

Je pousse donc un triste soupir et lui déblatère tout le speach sur le virus auquel elle n'a pas l'air d'adhérer beaucoup...

Je me rend compte encore et encore du manque d'information et de prévention réalisé autour de la santé pour les jeunes qui ont aujourd'hui encore tendance à banaliser des maladies aussi graves que le VIH. On vit pourtant en France...

 

 

10/05/2008

Moniteur!

                                                            

Ca y est! Je suis Moniteur National des Premiers Secours (MNPS), je suis bien content d'avoir eu l'exam après une bonne semaine de formation. Mes futurs stagiaires en auront pour leur argent j'espère (même si c'est pas bien cher!), je leur prévois des trucs sympas... 

09/05/2008

Passage à tabac

Je suis en ce moment au service médical de la fac.

Il fait beau, les étudiants envahissent le campus et en profitent pour nous faire réviser notre bobologie: piqures de guêpes, plaies bénignes et entorses nous émerveillent au fil des jours…

Mais aujourd’hui c’est trois zigotos moins drôles qui viennent : des dealers les auraient tabassé à la gare d'à côté et ils nous arrivent la gueule en sang.

On ne sait pas bien pourquoi mais ils paraissent inquiets et veulent déguerpir rapidement du service, les infirmières et moi prenons donc un patient chacun et faisons au mieux : je met du froid et fait l’antisepsie des plaies au visage rapidement. Pas de trauma crânien,  après avis médical nous les orientons pour deux d’entre eux vers les urgences les plus proches afin de recoller les plaies qui continuent à saigner pas mal malgré les steristrips.

On se demande bien parfois ce qui peut motiver ces violences et j’ai quelquefois l’impression de soigner les symptômes d’un monde qui va mal…

15/04/2008

Le mystérieux inconscient

 

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Quand on arrive, 8ème étage en petites foulées, la porte blindée est fermée. On a beau frapper, rien n'y fait. Les pompiers arrivent donc pour ouvrir avec leurs moyens et j'en profite pour saluer le chef d'agrès avec qui je m'entraîne à la piscine.

Un homme est étendu derrière la porte, et répond mollassement à nos questions. Après nous être assurés qu'il n'était pas tombé sur la tête, nous le dégageons de l'entrée.

Les pompiers sont partis, nous profitons du calme ambiant pour faire un bilan complet. Je m'aperçois qu'il y a un problème au niveau neuro, il est complètement obnubilé et nous répète sans arrêt qu'il a pris une surdose médicamenteuse dans la confusion la plus totale.

Je prend une tension: 22/12, c'est un peu élevé. L'homme est conscient et reprend ses esprits tranquillement pendant que ma chef appelle la régulation médicale quand soudain il s'enfonce.

En moins de deux minutes il ne parle plus, garde les yeux ouverts mais les pupilles sont totalement aréactives. Il se tétanise et devient parfaitement inconscient.

Je pense intérieurement à un AVC pendant que l'on place le Monsieur sur le côté sous oxygène.

Je propose rapidement à ma chef un moyen médicalisé et on stimule le patient qui a maintenant beaucoup de mal à respirer.

J'en profite pour passer en respiration manuelle avec le BAVU, ce qui permettrait d'insuffler directement de l'air si la victime s'arrêtait de respirer. J'ai bien peur qu'il tombe en arrêt, sa fréqence ventilatoire baisse rapidement et je dois aspirer ses sécrétions qui ne cessent de couler de sa bouche.

Tableau médiocre quand le SMUR se pointe et examine notre homme. L'ECG n'est pas tip-top selon la toubib mais rien d'inquiétant non plus.

Après examen, le patient va un peu mieux, il respire bien et commence à réagir à la douleur, les médecins (oui pour une fois, ils étaient deux!) écartent l'hypothèse de l'AVC et celle du surdosage. Ce serait plutôt un gros malaise vagal...

On décide donc de l'installer dans l'ambulance de réanimation, scopé, perfusé, à peu près conscient mais encore très nauséeux. C'en est terminé pour l'équipe secouriste.

Cette inter m'a laissé pantois malgré le petit coup d'adrénaline qui m'est monté à la tête, c'est ce qui fait l'intérêt de la chose, on ne peut pas toujours tout solutionner en deux coups de Primpéran mais la complémentarité des équipes fait qu'on s'y retrouve dans la prise en charge du patient.

Image: l'Homme au chapeau melon, R.Magritte